Kwâ de nouveau sous le soleil?

Ok, soyons clair: quelqu’un vient-il seulement de réaliser que des dizaines de dictateurs dirigent, que dis-je, digèrent, leur tropicaux pays? (exercice de diction: répétez trois fois pour voir)  Qui vient juste de réaliser que Khadaffi est un cinglé fini, que les Ben Ali sont des filous pompant judicieusement les ressources touristiques de leur pays depuis des décennies, que la corruption règne sur la frontière mexico-américaine??? (Oups, le dernier cas ne relèverait pas de la politique internationale… il s’agirait, selon nos gouvernements généralement bien informés (sic), de faits divers et de questions judiciaires internes…)

Et Duvalier, Jean-Bertrand Aristide, on s’en souvient?  Ok, parce qu’Haïti est encore plusse dans le trou (on aurait pas pu l’inventer avant que le séisme ne la frappe) que n’importe quel dirigeant d’ONG roulant en Explorer Ambassador dans les latrines de Port-au-Prince aurait pu rêver.  C’est pas peu dire.  Et pensons à ceux qui importent ces généreuses machines.  Un moment de silence semble le bienvenu.  Chut…

Que des salauds profitent de toute opportunité n’est pas nouveau, c’est la trame fondamentale contre laquelle se tisse l’exercice de la civilisation.

La civilisation est toujours un éphémère territoire gagné sur la barbarie, sur la loi du plus fort.  On tente d’y juguler le meurtre, l’extermination, le viol, la torture, et la peur, en général, de chacun des précédents.  Le principe d’Archimède résume tout: chaque mouvement dans un espace fini engendre une réaction inverse, avec un plus ou moins grand délai et une force correspondant à la proportion inverse à la distance.  Nous sommes des savonnettes dans la baignoire.

Pour qu’on se comprenne bien, je résumerai ma vision anthropologique à ses plus simples dénominateurs: toute organisation humaine, morale ou politique, émerge d’une situation de nécessité, d’une obligation de survie.  En soi, elles sont toutes des réponses pragmatiques à de terribles, de difficiles questions.  Parce que sinon on est seul. Que sa force et sa créativité personnelle pevent faire de soi une victime plutôt qu’un gagnant, dans un monde injuste.  Parce que l’injustice n’existe pas sans la force.  Ni la justice, en tout cas érigée en système.  Que la force, trop souvent, est séduite par le pouvoir.  Et qu’ainsi les bandits, les terroristes, les petits maîtres et traîtres se constituent en pouvoir.  Parce que la loi de l’inertie régnant, l’humain demeure si aliénable, qu’on peut le covaincre que la capacité de destruction est synonyme de pouvoir – et se sortir du marasme devient alors presque pensée magique.

Lors des époques égalitaires et paisibles, comme celle que l’Occident vit depuis la SGM, comme l’Eden, comme la Pax Romana, on oublie que la paix vient difficilement aux peuples de bonne volonté. Qu’on vit dans l’exception historique.  Et on ne sait rien de la préhistoire, encore.  Bref, on exit la notion qu’on habite les flancs fertiles d’un volcan dont on se refuse à accepter la nature première, explosive, destructive, ennemie.

Aussitôt la pax occidentalis disséminée en nos contrées, l’humain révèle sa nature d’animal plutôt paresseux, habité par le principe de plaisir.  Ses semblables ne l’intéressent guère, à moins qu’ils ne lui soient utiles ou stimulants, trop mystérieux ou vachement sexy (ça revient au premier terme, non?). Bref, d’abord la sieste, ensuite la bouffe et le sexe, puis re-sieste et un grain de curiosité. (Comme exercice, placez ici la liste de vos dictateurs préférés – et que personne n’oublie Berlusconi…)

Mais parfois la pression de l’espoir ou du désespoir peut mener à un grand moment d’extase, pour un peuple.  Plusieurs deviennent la multitude.  Chacun devient une partie, et le tout dépasse la somme de chacun.  Tous y gagnent.  Et alors, si une immense clameur s’élève, à l’unisson, de bouches trop longtemps couvertes, de voix presqu’oubliées, elle peut balayer des décennies de peur.  Lorsqu’il semble  à chacun qu’on a plus rien à perdre, et qu’ainsi tout est en jeu, elle peut s’élever, puissante jusqu’à détourner des bombardements, faire s’écrouler des prisons, secouer des banquiers…  Bon, là je rêve un peu, j’avoue, mais…

Dans l’océan des oppressions perpétrées pour ou avec ou sous le nez impavide des puissants, quelle profonde joie peut naître de voir se réaliser, au loin, la rupture d’un cercle vicieux.  Voir se réveiller l’amphicéphale – l’animal humain dans toute sa beauté, un peu sauvage et un peu inspiré, qui, pris à la gorge, conjugue son sursaut de survie avec le besoin de faire survivre autrui, l’osmose du divers et du même.  On admire alors (et peut-être l’envie-t-on un peu) cette impulsion quasi-esthétique qu’on appellera révolution, l’élan créatif d’un nouvel ordre, illuminé d’un amour pur, un amour d’objet, amour sublimé pour une cause, une fin, magnifique.

C’est là ou l’animal humain est imprévisible. Sinon qu’il surprendra.  De la pire comme de la meilleure façon.  Les autres seront fidèles au poste, on attend la suite, comme ils disent…

On connait des remèdes plus mortels que les affections qu’ils sont cencés soigner, et bien des révolutions, détournées ou directement vouées au désastre, qui ont fait plus d’opprimés que d’heureux.  Mon espoir demeure modéré, même si en rêve je danse dans les rues de casbah libres, vibrantes, dressées au nom de leur propre inaliénable valeur.  Mes soeurs et frères sont debout, braves, fous, sages, décidés.  Belle et terrible histoire qu’ils écrivent. Le pur moment du début.  Tout est possible, merde, chouette, oû est mon chalet photo-voltaïque avec potager biologique?

C’est aux loups qu’on devrait dire : le loup est un homme pour le loup.  Tiens-toi dans le Nord. Check ta louve. Pis ta terre.

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Charpentier menuisier, blogger photo
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